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Bruno Tabuteau : La Maison-Dieu de Montmorillon, une histoire sans avenir ?

Monument de la ViergeMontmorillon naquit au XIe siècle, sous la forme de ce que les historiens du Moyen Âge appellent un bourg castral. L’agglomération se développa en effet autour du château fort seigneurial, qui surplombait la Gartempe là où se dresse aujourd’hui le monument de la Vierge. Dès l’origine, un marché y anima la vie économique, devant le château, sur l’actuelle place du Vieux-Marché précisément. Un clergé assurait l’encadrement religieux des fidèles, en desservant alors l’église Saint-Michel du château et celles de Saint-Pierre et de Notre-Dame, cette dernière seule subsistant.
la-maison-dieuLa fondation d’un hôpital compléta l’équipement militaire, religieux et économique proto-urbain, à l’initiative de deux clercs et d’un laïc de Montmorillon.

Mais c’est Robert du Peux ou du Puy, de retour de Terre Sainte, qui reprit la fondation au début du XIIe siècle, avec le soutien de l’évêque de Poitiers, du comte et des seigneurs laïques et la protection du pape Pascal II. Comme beaucoup d’autres dans la chrétienté latine, l’hôpital, dédié à la sainte pénitente Marie-Madeleine, fut par la suite confié aux chanoines réguliers de Saint-Augustin. Les XIIe et XIIIe siècles furent marqués par une expansion économique, démographique et urbaine sans précédent en Occident, et par un profond renouvellement religieux pareillement propice à l’action charitable. L’hôpital ou maison-Dieu de Montmorillon en tira son existence et sa l-octogoneprospérité, par la générosité de ses fondateurs et bienfaiteurs, qui l’enrichirent de leurs aumônes et le transformèrent en institution monastique, et par son intégration réussie dans une économie agraire et marchande dynamique et dans une ville également en plein essor, sur les deux rives de la Gartempe. L’Octogone, chapelle funéraire inspirée du Saint-Sépulcre de Jérusalem, Eglise Saint-Laurentet l’église Saint-Laurent, quoique très remaniée, sont les beaux vestiges de cette époque.

Mais la dépression des XIVe-XVe siècles et la guerre de Cent Ans portèrent de rudes coups à l’établissement, qui fut même contraint de se fortifier. Un châtelet en témoigne encore. Ce furent néanmoins les guerres de Religion, au XVIe siècle, qui le ruinèrent. Le relèvement fut opéré par les Augustins réformés de Bourges au siècle suivant. Ils nous ont laissé notamment les spacieux bâtiments conventuels qui dominent la vallée et abriteront aux XIXe et XXe siècles le Le petit SéminairePetit Séminaire, qu’ont connu les moins jeunes d’entre nous, puis la maison de retraite de l’hôpital moderne. Car si le monastère augustin fut supprimé par la Révolution et l’hôpital médiéval abattu sous l’Empire, la fonction hospitalière s’est perpétuée, plus loin sur le rocher ou autrement, en accueillant les personnes âgées.

parc-maison-dieuÀ présent, l’hôpital laïque et hautement médicalisé vend son passé charitable et religieux. Or, l’hôpital est historiquement sinon juridiquement inséparable de la collectivité humaine qui l’a fait naître et grandir il y a très longtemps et a sans cesse eu besoin de lui en retour, par l’assistance à ses pauvres et aux pèlerins jadis, ses vieux naguère, ses malades toujours. C’est à cette collectivité montmorillonnaise, maintenant, d’assurer le devenir d’un remarquable patrimoine qui fait son identité. À ses élus par conséquent…

Bruno Tabuteau
enseignant docteur en histoire